Cette fois la saison d'été 2010 est partie ! La première ascension, le 5 et 6 juin aux Dômes de Miage, s'est très bien déroulée, malgré des conditions assez difficiles : regel médiocre et enneigement encore conséquent...
Lise et Christophe font partie des premiers clients que j'aie eu la chance d'emmener. Nous avions fait en 2002 l'ascension du Grand Paradis, une école de glace, puis le Mont-Blanc. Nous avions le souvenir d'une ascension rapide (nous étions arrivés au sommet à 6h30, au tout lever du jour). De discuter avec eux de leur activité sportive actuelle, et de voir leur silhouette toujours svelte, me rassura rapidement sur leurs capacités du jour : la maternité et la vie de famille n'ont pas altéré leur forme !
C'était tant mieux, car si le beau temps était prévu pour le week-end, des bouffées de föehn et un air très doux étaient attendus. Cela voulait dire, avec un enneigement toujours conséquent et assez récent, que la neige serait très molle, pas encore transformée en neige de névé. C'est pour cela que nous avions emporté les raquettes, jamais très pratiques dans des pentes de neige raides, mais en tout cas bien utiles sur des étendues de neige profonde...
La montée à Tré-la-Tête fut rapide. Au refuge, Marielle nous accueillit comme à son habitude avec chaleur. Plusieurs collègues et quelques enfants étaient réunis pour fêter les 40 ans de l'un d'eux, ce qui me donna l'occasion de goûter au champagne. Ce sera mon tour aussi dans quelques jours !
Après le repas, le glacier de Tré-la-Tête fut rejoint rapidement, et je constatai alors que, comme prévu, l'enneigement restait abondant : la neige apparaissait dès le bas du glacier. Ainsi nous choisîmes de nous encorder, alors que beaucoup encore actuellement remontent le bas du glacier de Tré-la-Tête sans corde ni baudrier, en short ! Pour moi il ne faut pas hésiter à bousculer les habitudes en montagne, garder une vision neuve permet dans une certaine mesure d'éviter les pièges. Le glacier évolue défavorablement actuellement, des crevasses apparaissent, et les amas de pierres posées sur la glace ne doivent pas rassurer, elles laissent mal deviner ce qui se passe en dessous.
Le refuge des Conscrits fut atteint par l'itinéraire du printemps, sur le glacier, et directement à son aplomb par les pentes encore enneigées. C'est étonnant et inhabituel de se retrouver, à pied, dans un environnement encore tant enneigé.
Le lendemain, petit-déjeuner à 3h30, et nous commençons de nuit à remonter en direction de la Bérangère. J'ai choisi d'effectuer la traversée des Dômes de Miage à l'envers, le choix classique étant de partir en direction du col Infranchissable, puis de prendre pied sur l'arête des Dômes de Miage et de revenir par l'aiguille de la Bérangère. En effet, le regel très médiocre (10° à 3h30 à 2600 m) me fait penser qu'il faudra aborder les parties techniques (col de la Bérangère et pente du premier Dôme) lorsque la neige sera encore assez dure. La veille, les cordées ont stoppé au premier Dôme et fait demi-tour sans traverser. De plus, les pentes de la Bérangère sont très galères lorsque la neige est molle, et les raquettes peu pratiques dans ces pentes assez raides. Par contre, la descente des Miages par le glacier de Tré-la-Tête, itinéraire habituel de montée, nous donnera des pentes propices à l'usage des raquettes.
Mes prévisions s'annoncent juste, nous utilisons les raquettes dès le refuge, des cordées derrière nous peinent alors que nous nous élevons sans trop d'effort. Plus haut la neige a quelque peu regelé, nous atteignons sans encombre, en crampons, le petit sommet de la Bérangère.
Nous sommes seuls, alors que le refuge était assez plein. Tout le monde est parti dans l'autre sens ! Nous descendons l'arête très enneigée vers le col de la Bérangère, une trace nous aide, la neige est restée assez molle, alors qu'il est 7 h du matin !
Au col de la Bérangère, la grande pente du premier dôme nous domine, non tracée : sera-t-elle regelée ? C'est un peu le pari, mais je sais qu'une fois au premier dôme, nous rejoindrons la trace et la descente sera sans soucis.
Le bas est pénible : des zones croutée nous fatiguent. Lise commence à sentir la fatigue et l'altitude, c'est vrai que la course est longue quand même ! Mais rapidement, nous rejoignons de la neige dure, agréable en crampons : c'est gagné ! Nous atteignons le premier Dôme, et croisons les premières cordées, les plus rapides, parties dans l'autre sens.
Hélas, l'éclaircie du matin laisse place à un brouillard accroché aux sommets, qui nous vole la belle vue depuis les arêtes sommitales. Qu'importe, nous avons bien profité de la Bérangère, et finalement les lambeaux de nuages nous font apparaitre les sommets de manière singulière.
Plus bas, à nouveau seuls sur le glacier de Tré-la-Tête et après avoir rechaussé les raquettes, nous apprécierons le soleil enfin revenu, et les belles faces Nord dominant ce sanctuaire : la Nord de Tré-la-Tête, la Lée Blanche, le Dôme des glaciers.
La descente est longue mais magnifique, c'est quand même avec soulagement que nous nous asseyons au refuge de Tré-la-Tête vers 12h45, pieds nus (avec la neige molle les chaussures sont trempées). Nous sommes quasiment les premiers à rentrer des Miages, nous avons bien marché !
La fin de la descente sur un bon chemin est une rigolade, mais les articulations gémissent. C'est ma première de l'été, des douleurs au genou se réveillent ! Je sais que quelques sorties renforceront tout ça. J'en admire d'autant mieux la belle prestation de Lise et Christophe, qui ne font pas souvent de tels efforts mais ont bien tenu le choc. Leur enthousiasme m'a fait plaisir, comme il y a 8 ans. Bravo à eux !
Sélection photos des Dômes de Miage
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