Récit écrit par ma sœur Florence, à chaud. Où l'on se rend compte de l'esprit de compétition qui peut régner dans un groupe d'amateurs de montagne, et de l'esprit de performance plus ou moins marqué suivant les personnes. Jeune mâle de 25 ans à l'époque, cela ne m'étonne guère... En fait une simple grosse faim de montagne mettant en exergue les individualités. Mais surtout un plongeon dans cette époque où l'on grimpait "entre filles", dans une ambiance bohème insouciante et regrettée...
Course faite une semaine après l'éperon Frendo : la tension était à son apogée dans le groupe !
Récits
Arête de Coste-Rouge : 14 juillet 95
Oedème pulmonaire au Mont-Blanc
L'œdème pulmonaire fait partie des risques de l'altitude. Quoique rare, il survient parfois au Mont-Blanc, comme l'été 2010 pour l'un de mes stagiaires... Parce que les symptômes sont parfois flous, il paraît intéressant de raconter l'histoire.
Incident sur la Vallée Blanche
L'une de mes premières Vallées Blanches, et très blanche ce jour là car une importante chute de neige venait de se produire. Pas tout à fait la première Vallée Blanche que j'encadrais, mais juste après (un an d'aspi je crois), alors que j'avais pris un peu d'assurance.
Un hiver difficile au tour de rôle (*), à St Gervais, pas beaucoup de boulot, qui allait aux titulaires, normal. J'entendais parfois "On a tous connu ça (alors t'as pas à te plaindre)". Alors je ne me plaignais pas, j'appelais par contre ma petite liste de bureaux de guides à Chamonix ou ailleurs, qui m'ont fourni assez souvent du travail. Regards noirs parfois de certains de ma Cie sur la Vallée Blanche que j'avais dégottée par ailleurs, mais bon je travaillais.
Ce soir là, pas de boulot à prendre nulle part, avec une tempête de ciel bleu le lendemain, et de la bonne neige fraîche (50 en moyenne en altitude) ! J'ai du mal à me faire une raison.
Le couloir Desmaison
Écrit peu après la course en mars 1998, ce récit retrace une journée riche en émotions, avec mon ami Yannick. A noter la notion d'invincibilité que les alpinistes peuvent connaitre, jeunes, au mieux de leur forme, et qui parfois les entraine dans des comportements à risque, au pire jusqu'à la mort. A 28 ans avec ce type d'expérience cette notion d'invincibilité était en train de s'ébrécher, je me tournais peut-être déjà vers une pratique plus mesurée et mâture, nécessaire à mon entrée dans le monde professionnel.
"Bouche bée, je regarde le petit trou dans lequel vient de disparaitre Yannick. Ses deux bâtons sont restés à la surface du glacier, un petit cri, deux mains agrippées au niveau des rondelles, puis plus rien, juste ces deux bâtons avec marqué "Scott" dessus. Je ne crois pas m'imaginer à cet instant qu'il soit mort, j'essaie plutôt d'ordonner mon esprit pour que les manœuvres se succèdent sans perdre de temps : sortir la corde, mettre les crampons, planter deux broches et aller voir au bord du trou.
Eperon Frendo
Vendredi 7 juillet 1995.
Récit de l'ascension de l'éperon Frendo en face Nord de l'aiguille du Midi, puis du Mont-Blanc le lendemain. Avec le problème du moment : nous étions plusieurs à vouloir grimper ensemble, mais les objectifs et les compétences étaient différents, ce qui impliquait des choix et parfois des frustrations. L'époque regrettée où je partageais ma passion de la montagne avec 3 filles !! Et le souvenir de Pascale Bessière, disparue au Broad Peak 3 ans plus tard.
"Encore un weekend de montagne qui s'annonce. Nous sommes réunis avec Flo et Christine dans mon petit appartement de l'avenue de France, à quatre pattes au milieu de nombreux topos qui recouvrent la moquette. Nous sommes depuis quelques jours d'accord pour gravir le couloir Gervasutti au Mont-Blanc du Tacul, tous les quatre avec Pascale qui doit nous rejoindre plus tard.
Une course : les Grands Charmoz
Récit bien imagé de ma soeur Florence, à chaud après une ascension mouvementée des Grands Charmoz (15-16 août 1997). Ascension qui a presque mal tourné avec une soeurette en petite forme et un temps relativement incertain. Je ne parle pas du matériel qui - faites moi confiance - sera optimisé pour les années suivantes ! Pour l'heure c'était gros sacs et coques plastiques.. Récit qui résume bien l'ambiance entre Florence et moi-même en montagne : parfois brute de pomme, mais pleine de tendresse !
"Au départ, il faut dire que l'objectif un peu ambitieux était la traversée intégrale des aiguilles de Chamonix dans le sens Grépon-Aiguille du midi, mais reconnaissons-le, cet objectif était dur à réaliser pour plusieurs raisons: une Flo pas au mieux de sa forme niveau acclimatation, et surtout un temps très instable avec de gros risques d'orages en fin de journée. Enfin, nous partions tout de même pour la « grande traversée », avec des sacs conséquents (duvets, vivres pour trois jours, et tutti quanti...).
Une journée pour l'Aiguille Verte
Récit de l'ascension de l'Aiguille Verte par le couloir Whymper (le 25 juin 2001) écrit par ma soeur Florence. Nous avons réalisé un certain nombre d'ascensions ensemble avant que je devienne professionnel et que chacun de nous fonde une famille. On retrouve comme dans d'autres de ses récits un mélange de tendresse fraternelle, de doute et d'énervement car je ne la ménageais pas !
Pozzo/Neri 89
Un récit qui date déjà de presque 20 ans (j'avais 19 ans !), relatant une belle aventure sur l'une des premières voies qui m'ont marquées, pendant notre campagne dans les Dolomites de 1989. Au delà de la naïveté du texte, je constate maintenant avec intérêt quelle était ma perception des risques, ce que je venais trouver à l'époque dans cette activité, et comment ces composantes essentielles ont évolué avec le temps dans mon esprit.
"C'est un de ces matins où l'on sent qu'il va se passer quelque chose. En sortant ma tête de la tente, je pousse d'abord une exclamation: il fait beau, un ciel presque limpide a remplacé l'horrible orage qui nous a secoués toute la nuit. Presque limpide car de drôles de traînées balaient déjà le ciel à cette heure matinale. Qu'importe ! Je me lève d'un bond pour parcourir un peu cette magnifique prairie sur laquelle nous nous sommes installés la veille et qui maintenant n'est qu'un gigantesque marécage. Le contact des tennis complètement trempées, de l'eau glaciale qui ruisselle encore sur la toile de tente contribue à un réveil énergique. L'immense cirque de parois rocheuses qui m'entoure presque de tous cotés y contribue aussi. La Torre Trieste, gigantesque dent au pied de la forteresse la plus inviolable qui puisse exister, la Civetta...
Voyage au gré du vent
Récit écrit suite à un enchainement de belles courses en solitaire en avril 1997, pour garder une trace vive de ces moments forts...
"Aiguille du Midi, envoûtantes arêtes, prodigieuses faces, me revoilà ! J'ai fait mon entrée dans le refuge du Plan de l'Aiguille avec l'esprit d'un religieux dans la chapelle, avec ce mélange intime de craintes et d'envies, de doutes et de prières ; l'habitude et la curiosité se mêlent, je suis seul mais ne mesure pas encore l'intensité de cette solitude qui durera 3 jours.








.jpg)



